balades d'un couple franco-japonais…

Varier les plaisirs.

Bien le bonjour! Aujourd’hui, petit veinard, tu vas pouvoir profiter d’une longue promenade sans bouger de chez toi! Hier, poussé par le très beau temps, j’ai décidé d’aller marcher un peu. Au final, ma balade a duré 5 heures. 5 heures de pur plaisir, de silence, de rencontres inattendues, et d’emerveillements simples. Comme d’habitude, j’ai choisi un point de départ et j’ai laissé mes pieds passer devant pour la suite. Tout commence donc dans le quartier voisin du mien, à Sôzen-Ji, où un temple attend notre visite. Nous irons ensuite jusqu’aux berges de la Yodogawa, déjà arpentées et déjà adorées. Mais aujourd’hui, le plus grand fleuve d’Ôsaka nous reserve de très variées et jolies surprises…

Nous voilà dans le quartier de Sôzen-Ji, un petit quartier comme il en existe des milliers ici. Nous sommes jeudi, il est 13H30, les rues sont desertes, calmes, le soleil d’Automne est agréable. En remontant la petite rue qui mène au temple, je passe devant des tas de maisons aux jardins anarchiques. Deux chatons me regardent passer sans bouger, se demandant sûrement ce qu’un gaijin fait ici, comme la plupart des habitants du coin, peu habitués à la visite de touristes.

Et voilà le temple. En cherchant sur google maps (c’est comme ça que je repère les coins qui semblent interessants), j’ai été attiré par les deux cimetières qui jouxtent ce temple. Visiblement très grands, j’ai pensé que le lieu devait avoir une certaine importance. Mais je ne m’attendais pas à un sanctuaire si imposant. Je suis seul ici avec le gardien du cimetière. Celui-ci me salue d’un geste de la tête et retourne entretenir les sépultures. Je fais le tour de l’endroit.

En passant derrière, je trouve ce petit pavillon fermé mais joli, devant lequel se repose une statue au ventre rebondi.

Si tu te retournes, tu vas tomber nez à nez avec un petit jardin sec, très sobre, sans aucune fioriture. Un de ces endroits où le Temps n’existe plus.

Cette année, les couleurs de l’Automne se sont fait attendre. L’été à été très long, mais ça y est, enfin les arbres se parent de leurs tons rouges et oranges.

J‘aime tellement ça que je t’offre deux photos du même coin de toit, juste pour le plaisir…

Continuons notre tour, et entrons un peu dans le détail du lieu.

Les onigawara qui ornent cette entrée du site veillent sur un des deux cimetières. Apparemment, cette partie est la plus ancienne. Les sépultures qu’on y trouve sont vieilles et variées. Du caveau de famille aux stèles en pierre brut, l’endroit est étrangement gai, comparé à nos cimetières. Et bien sûr, tout ceci est baigné dans une douce et diffuse odeur d’encens.

Je suis un peu mal à l’aise de photographier des tombes, aussi je ne m’attarde pas trop. Je passe de l’autre côté du temple pour aller voir l’autre cimetière. Celui là est très récent. Toutes les tombes sont identiques et parfaitement alignées. Sur chacune on peut voir des armoiries de familles, des petites statues de Jizo etc… Mais elles sont bien moins « photogéniques ». Ceci couplé au fait que je me sens mal à l’aise de photographier des sépultures, tu n’auras droit qu’à un cliché de cette partie du cimetière.

Voilà, le Sôzen-Ji n’a plus de secret pour nous, aussi je te propose de quitter le lieu. Nous sommes à environ 1km de la Yodogawa, alors pourquoi ne pas aller marcher un peu sur ses berges, histoire de profiter du soleil? En chemin, prenons le temps d’un petit cliché ferroviaire comme je les aime. Tu connais, j’espère, l’oeuvre de Hokusai et ses fameuses « vues du Mont Fuji ». Hé bien je crois qu’aujourd’hui, je vais commencer une série hommage, intitulée « 100 vues du Sky Building » (sous la boutade se cache une vraie idée qui me plaît… à suivre).

Nous remontons donc la ligne Sakaisuji en direction du plus grand fleuve de la ville, et nous arrivons au niveau de l’Ôsaka ôzeki (grande barrière), autrement dit, un barrage.

Il est assez impressionnant, et le sol alentour est « décoré » de sortes d’alvéoles en pierres blanches, noires ou en herbe, mais nous y reviendront. Pour l’instant, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire. A ma droite se trouve un pont que l’on peut traverser à pied. Puisque cette partie des berges ne semble pas proposer grand chose, allons voir de l’autre côté…

Une fois de l’autre côté, je remonte en direction du barrage, il semle y avoir de grands espaces aménagés là-bas pour la promenade.

Encore une fois, je me délecte des couleurs des feuilles, qui s’accordent parfaitement au bleu du ciel. Et à peine cette photo prise, mon attention est attirée par une immense porte bleue. Je m’approche et découvre stupéfait une ancienne écluse asséchée.

Incroyable! Je m’approche et découvre que l’on peut librement y descendre et la traverser. Je suis excité comme un gosse. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cette découverte est tellement inattendue, et l’occasion de passer dans une écluse abandonnée et tellement rare, que je souris bêtement tout seul. Descendons au pied de ces immenses battants.

Impossible de les photographier en entier, je n’ai pas un assez grand angle. Il y a des écritaux qui expliquent sans doute l’histoire de cette écluse et des schémas pour son fonctionnement. Être ici est vraiment surréaliste et je remonte traquillement le chemin jadis emprunté par des bateaux, volant quelques images en passant…

Les portes de ce côté sont carrément enfouies dans la terre, fixant pour toujours cette entrée cmme une sculpture. Cette écluse n’utilisera plus jamais ces énormes poulies pour faire marcher le commerce maritime de la ville, mais en remerciement de ses bons et loyaux services, elle est entretenue, peinte, et exposée aux yeux du promeneur lambda. La classe.

Nous remontons sur les berges actuelles du fleuve et retrouvons notre barrage. Cette fois, nous allons le dépasser, et si tu penses (comme moi à ce moment là) qu’on a déjà de la veine d’avoir vu tant de choses alors qu’on n’espérait rien de spécial, alors tu n’es pas au bout de tes surprises…

Alors que peut-il bien se tramer dans le dos de ces tourelles? Allons voir.

Nous sommes à l’extrêmité d’un immense espace aménagé pour la promenade. A priori rien d’extraordinaire, j’apperçois des jogger, des pêcheurs et des cyclistes du dimanche (ou plutôt du jeudi). Alors nous aussi, si tu le veux bien, nous allons simplement marcher le long des berges.

Ici encore, le calme préside. Seul le bruit de l’eau se fait entendre. Les nombreux pêcheurs retraités attachent leur canne et attendent une prise en discutant tranquillement assis dans l’herbe à deux ou trois mètres de là.

Le temps s’écoule au rythme de la nature, c’est à dire tranquillement. Ca sent l’herbe fraîche et les canards eux mêmes hésitent à rompre le silence avec un « coin-coin ». Quand tout à coup, j’apperçois un peu plus loin, un couple de retraités assis au bord de l’eau. Elle tape des mains, comme pour appeler son chien perdu, et lui semble tendre quelque chose à manger à des chats errants… des chats? A moitié dans l’eau? Bizarre…ça ne peut tout de même pas être…

Des ragondins!!!! La vache, toute une famille est là, à se faire nourrir comme les pigeons de la place Saint Marc! Si j’étais excité comme un gamin avec une vieille écluse, t’imagines mon état maintenant?

Une fois rassasiée, la smala se disperse et retourne nager tranquillement. Le petit couple de retraités reprend sa promenade,  quelques mètres devant moi.

Il est à peine 15H30, mais déjà le soleil est bas et la luminosité devient de plus en plus chaude. Je marche seulement 5 minutes avant d’entendre à nouveau les battements de main de la mamie. Comme je ne suis pas plus bête qu’un ragondin, j’ai déjà compris qu’une nouvelle distribution de nourriture va débuter, et comme eux, je me précipite.

Un autre groupe est là, et a droit, lui aussi aux faveurs du couple. Amusé de me voir si excité, l’homme me tend un morceau de pomme. Mais non, pas pour que je le mange! Pour que je nourrisse aussi les cousins des castors! Et me voilà sur les bords du fleuve, en plein coeur d’Ôsaka, à quelques centaines de mètres d’Umeda, à nourrir des ragondins sauvages.

Une fois le sac de provisions vide, je reprends la marche et remonte encore un peu plus le fleuve. Bientôt j’arrive à un pont dont les arches sont couvertes d’une drôle de végétation.

Impossible de traverser ici, d’une part parce que je n’ai pas envie de me retrouver mitraillé par les oiseaux, d’autre part parce que ce pont n’achemine que de gros tuyaux. Mais un peu plus loin, je vois une passerelle qui permet aux piétons de regagner l’autre berge.

L‘unique voie de train qui passe là semble abandonnée (la traversée est longue comme tu peux le voir, et aucun train n’est passé par là) et la partie piétonne semble d’un autre âge. Le craquement des planches et le bruit de l’eau sur les piliers qu’on voit à travers les rails, offrent une traversé très pitoresque et agréable, avec une vue magnifique sur la Yodogawa, évidemment.

Nous voilà rendus sur la berge par laquelle nous sommes arrivés. Je remonte tout le chemin parcouru jusqu’au barage. Ce côté là est moins intéressant, on ne voit pas l’eau, une grande barrière d’herbes hautes (j’ignore comment ça s’appelle, cest ce qu’il y a en photo d’introduction) nous cache la vue. Néanmoins, le silence, l’odeur de nature et le lent couché du soleil sont des compagnons fort agréables.

De retour au niveau du barrage, je m’étonne de la silhouette de cette maison, seule, qui me ferait presque penser au manoir de la Famille Addams. Et puis je me rends compte que je marche sur les fameuses « alvéoles » dont nous avons parlé plus tôt, et que j’avais repéré sur Google maps d’ailleurs. L’occasion de prendre une photo de cet aménagement dont j’ignore le but ou l’inspiration, mais tous ces hexagones pourraient presque être concidérés comme un hommage à la France… enfin… si on a de l’imagination.

Il ne reste plus grand chose à voir, et mes jambes commencent à serieusement me dire qu’il va falloir rentrer. Mais le pont par lequel nous sommes arrivé semble valoir la peine d’attendre la nuit pour le voir éclairé. Je décide donc de m’assoir et de patienter une bonne demie-heure le temps que l’obscurité se fasse. En attendant, j’observe différents habitants du coin :

Tu ne croyais tout de même pas échapper  aux hérons? Mais ils ne sont pas seuls à cette heure, à chercher leur repas…

Oui bon d’accord, c’est pas ma plus belle photo… mais t’as déjà essayé de prendre une chauve-souris en photo sans matériel adapté? Elle aura au moins eu le mérite de bien m’occuper en attendant la nuit… Mais il y a une dernière espèce particulière ici qui mérite d’être montrée, histoire de bien rappeller qu’on n’est pas perdus en pleine campagne…

Cet animal là vole vraiment très bas. Bon! il commence à faire bien sombre, et surtout bien froid, aussi je te propose de finir notre balade par deux clichés nocturnes. Le pont annoncé, et une belle vue sur le centre d’Ôsaka depuis les berges de la Yodogawa.

En observant cette vue, seul sur un talus entre la voie expresse et le fleuve, dans l’obscurité, je repense à mon après-midi, et je me demande combien de chances y avait-il pour qu’en partant à 13h30 j’associe dans ma tête un temple, une écluse à sec, des ragondins et un avion. Probablement aucune, et c’est pour ça que j’aime mon quartier…

A bientôt!

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13 Réponses

  1. Cette écluse a l’air vraiment impressionnante.

    Pour les ragondins, je suis surpris d’en voir au Japon. Auraient-ils donc aussi « envahi » l’archipel?

    12/11/2010 à 16:35

    • Oui effectivement, si on en croit la carte de répartition dans le monde des ragondins trouvée sur wiipédia, l’ensemble du Japon, à l’exception de Hokkaido serait habité par ce rongeur. Il a vraissemblablement été importé pour sa fourrure, mais cela remonterait à longtemps (je n’ai fait que de rapides recherches)

      Et l’écluse était effectivement impressionnante. Et puis je ne sais pas comment le définir exactement mais… Combien de fois dans ta vie tu t’es dit « tiens je passerais bien dans une écluse à sec! » Moi absolument jamais, mais si tu m’avais proposé la visite, j’aurais sans doute été intéressé. Mais là, alors que je n’imaginais même pas voir ça, qu’elle soit là, si bien entretenue et si deserte, c’était à la fois surréaliste et inespéré, presque onirique. Enfin vraiment cool quoi 😀

      13/11/2010 à 00:44

  2. kyn

    Tu as tout fait à pied ??? Impressionnant O_O
    Ca t’a fait faire combien de kilomètres car à te suivre on se dit que tu as du en faire beaucoup 😀
    Belle balade en tout cas 😉

    13/11/2010 à 14:56

  3. Il faut savoir que j’ai toujours été un piéton. Je n’ai pas le permis en France, et encore moins au Japon. Marcher ne me fait pas peur. Et je viens de calculer la distance sur google maps, on arrive à environ 11km depuis ma porte jusqu’à ma porte. C’est pas si terrible en 5h. J’ai bien prit mon temps 🙂

    13/11/2010 à 15:19

  4. kyn

    En effet ^__^ être sans permis ça aide à la marche :p
    11km ?? j’ai déjà fait 6km en +2h en prenant aussi mon temps donc c’est pas si terrible … ce n’est pas si loin que ça et puis bon je veux pas dire mais le cadre aide à marcher et à découvrir 😉

    13/11/2010 à 19:19

    • exactement!!

      Pour info, la vitesse moyenne de matche d’un homme est de 6km/h 😉

      14/11/2010 à 00:47

  5. L’écluse ! *_*

    15/11/2010 à 04:42

  6. lelsadenoch

    Ton blog est vraiment sublime!

    21/11/2010 à 23:36

  7. SoKeA

    Ce que j’aimerais me perdre dans ces coins là et tomber par hasard sur ces mêmes ragondins peu farouches.

    29/05/2011 à 23:19

    • classe hein? 😀 je garde un souvenir extra de cette promenade, y compris de la longue attente près du pont pour obtenir la photo de ce dernier de nuit. Il commençait sérieusement à cailler et je n’avais que la chauve souris comme compagnie. C’était vraiment sympa, j’espère pouvoir retrouver autant de variétés dans d’autres promenades futures!

      Malheureusement, si j’habite plus près de la Yodogawa maintenant, le tronçon sur lequel je suis est nettement moins affriolant… il va falloir que j’en cherche d’autres…

      29/05/2011 à 23:25

  8. Ahhhhhh ! Les ragondins qu’ils sont mignons!
    Ce petit couple aura une place au paradis des ragondins, sûre!
    C’est un sentier à découvrir, loin des attroupements dans un milieu assez naturel. L’est-il resté depuis? Le pont et la ville illuminés sont très beaux!

    Je viens de faire un saut en arrière magique! ☆ Nous sommes aujourd’hui le 2 janvier 2015
    Un petit coucou au passage \(★^O^★) ♪ clap clap ♪ (★^O^★)/

    02/01/2015 à 11:18

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