balades d'un couple franco-japonais…

Ces petits riens.

Aujourd’hui je vais m’appliquer à retranscrire une sensation indescriptible qui, je pense, frappe au moins une fois chaque personne qui se retrouve loin de chez elle, loin de ses habitudes, loin de ses repères. A de nombreuses reprises, il m’arrive, comme ça, soudainement, violemment, de réaliser où je me trouve, de prendre conscience que je suis au Japon, à l’autre bout de la planète de mon lieu de naissance, au milieu d’un monde dont les codes n’ont rien à voir avec ceux que j’ai appris. Cela peut arriver n’importe quand, sans raison particulière, mais c’est aussi vif qu’un vent frais sur un visage mouillé, et aussi agréable qu’une caresse de la part de la personne qu’on aime. Surpris par le fait que ce sentiment ne semble pas se dissiper avec le temps et malgré la prise de repères ici (toute relative soit-elle), j’ai interrogé mes camarades qui vivent ici depuis des années, et ils confirment que cela leur arrive encore parfois… Tant mieux car c’est une sensation que je souhaite à tout le monde…

Comme je l’ai dit, cela peut frapper n’importe quand, et bien sûr, plusieurs fois par jour. Ainsi, hier soir, en rentrant de notre soirée avec Sakura, sur le quai de la gare à 23h30, un train de chaque côté du quai, des Japonais partout, sortant du travail, rentrant de soirée ou autre, j’ai eu cette sensation. Mais un peu plus tôt, elle m’avait déjà surpris, dans un cadre, il faut le dire, propice à ce genre de moment : dans un izakaya. Mon ami Wikipédia se chargera de te donner un aperçu de ce qu’est un izakaya, mais si tu aimes le Japon, je gage que tu sais très bien de quoi il s’agit. Celui d’hier soir était plutôt haut de gamme, et ce qu’on y a dégusté m’a mis les larmes aux yeux et la joie au cœur : des sashimi divins!

Comme tu peux le voir, ils ne se sont pas foutu de nous question présentation, et les sashimi de thon rouge et de seiche étaient réellement un bonheur. En France, j’ai mangé des sushi de très bonne qualité, largement comparable à certains sushi qu’on trouve ici, ou très proche. Par contre, je n’ai jamais eu le plaisir de déguster des sashimi qui tiennent la comparaison avec ceux que je mange ici, et pas seulement dans les établissements chic. Cela tient à plusieurs choses selon moi. D’abord la qualité du poisson, ainsi que la diversité des poissons proposés (on est loin du choix français thon/saumon -pour caricaturer-). Ici on mange même des poissons qui n’ont pas de nom en Français, comme le Sanma (秋刀魚 littéralement automne-couteau-poisson) dont tu peux voir des sashimi sur la photo ci-dessous. Mais plus que ça, la taille des morceaux de poisson cru est simplement triplée par rapport à ce que j’ai trouvé en France (en province en tout cas, peut-être qu’à Paris il y a des restau plus convaincants).

La tendresse et le fondant de la chair tenue au frais sur le lit de glace pilée, la saveur douce et fine de chaque poisson, du wasabi et de la sauce soja justement dosée sont des choses tellement loin de nos habitudes culinaires et de nos goûts qu’ils peuvent en une bouchée, vous faire oublier qu’il vous a fallu parcourir 10 000 kilomètres pour y avoir droit. Mais, plus que le simple fait de se régaler, ce qui va provoquer la sentiment que je cherche à décrire ici, c’est justement ce fameux « petit rien ».

Hier, je crois que ce petit rien s’est montré lorsque, goûtant le premier sashimi, j’ai dit à Sakura : « Oh la vache! Mais ça va pas, on a des bières, mais avec ça, il nous faut absolument de l’atsukan! » (du saké chaud). C’est le genre de réflexion aussi naturelle que « t’as pris du poisson toi? alors on prend une demi de blanc? » sauf que celle là, pour moi elle est normale. Et c’est en comprenant que l’envie d’atsukan était aussi naturelle et légitime pour moi que celle de vin rouge avec mon fromage (qui finit mon pain), que j’ai ressenti ce « ah mais ouais! Je suis au Japon, là, tout de suite, maintenant. »

Peut-être que cela ne te paraitra pas clair, mais je n’arrive vraiment pas à l’expliquer mieux que ça… Le « petit rien » peut frapper n’importe quand, toujours sur les choses les plus simples.

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9 Réponses

  1. kyn

    J’aime beaucoup ta façon de raconter ^__^
    Je me suis retrouvée une fois loin de chez moi et de mes proches (bon pas 15 000km seulement 2000km), un séjour en Bosnie .. le choc des cultures, de la technologie … toutes ces petites choses m’ont littéralement achevée !!
    J’ai passé les 15 premiers jours les plus horribles avec une envie de rentrer par le premier avion >___<
    mais ensuite, ça c'est calmé et puis je m'y suis faite et les 15 derniers jours ont été vraiment super !!

    Pour le moment, je ne me crois pas capable de revivre cette expérience :S

    02/10/2010 à 10:53

    • Niwatori

      Que ce soit 15000 ou 2000km, je crois que ce qui joue c’est la perte de repères.
      Quand tu seras prête à refaire tes valises, tu le sauras! En tout cas je souhaite à tous ceux qui ont un vrai intérêt pour le Japon de venir au moins une fois, même en tourisme, pour mesurer à quel point notre perception du monde est relative à notre culture.

      Et merci pour le compliment!

      02/10/2010 à 16:55

  2. A chacun ses madeleines de Proust … j’avoue que je me damnerais, pour ces petits riens-là. C’est sans doute cela, le bonheur : une vie ponctuée de « petits riens ».

    02/10/2010 à 17:17

    • Niwatori

      entièrement d’accord, c’est là que réside le bonheur. La question est : faut-il vraiment en être conscient pour être heureux? Sans doute non, mais en être conscient permet de mieux se comprendre soi même. Ce qu’il ne faut pas, c’est arrêter de vivre entre ces petits rien, et les attendre.

      03/10/2010 à 02:17

  3. Pascale

    Super idée « ces petits riens »! On en a tous ressentis, mais pour les exprimer c’est tout sauf évident. Tu as visiblement la sensibilité nécessaire pour qu’ils te touchent, l’esprit assez « open » pour les accueillir comme une expériene enrichissante, et le recul indispensable pour les analyser avec tjs bcp de bienveillance afin de mieux comprendre le pays que tu souhaites mieux comprendre et connaître . Chapeau! J’aime bcp tes textes, autant pour le style d’écriture que pour le fond. Merci de nous permettre de suivre ce parcours que tu réalises au fil des jours. J’ai connu ton blog grâce à Domi (Asimutée) dont je suis fan depuis déjà pas mal de temps et qui me ravit de ces posts sur le Japon. Je ne suis allée que deux semaines au Japon, mais depuis, il ne se passe pas une journée sans que j’y pense, et j’essaie par mes lecture ou les blogs d’en connaître plus sur ce pays qui me fascine . Merci à toi !

    02/10/2010 à 23:05

    • Niwatori

      Que de compliments! Merci beaucoup Pascale, je suis vraiment touché de voir que mon but semble plutôt atteint. J’ai toujours cherché beaucoup d’informations sur le Japon depuis que j’ai internet, mais ne suis tombé sur des blogs intéressants (comme ceux en suggestion ici) que récemment. Hors, ce qui me manquait le plus, c’était des informations sur « comment on s’installe au Japon ». Finalement mon blog n’a pas prit la forme d’un manuel ou d’un guide pratique, mais au moins il me permet de partager.

      Merci encore et bonne lecture!

      03/10/2010 à 02:27

  4. cathymini

    Maow… J’ai eu une sale matinée et lire ton blog fait toujours du bien. Prendre un peu des nouvelles de là-bas… Je ressens le manque du Japon tous les jours, mais certains plus que d’autres. Aujourd’hui en fait partie 😦 Je me souviens aussi de ces petits riens que j’aimais tant, et je n’ai qu’une envie, rentrer en territoire nippon et faire découvrir toutes ses merveilles à mon homme…

    07/10/2010 à 13:58

  5. Niwatori

    Une sale matinée??? Je croyais pourtant qu’on t’avait demandé en mariage dans la rue! Y a pire quand même :p

    Je compatis vraiment concernant ton manque du Japon, quand je suis en France, c’est vraiment le seul sentiment dont je sois capable… Maintenant que tu as pris tes repères à Tokyo, et que tu as partagé ça avec Moossye, il me semble obligatoire de revenir partager ça avec ton homme…et pourquoi pas avec Moossye et son homme? 🙂

    En tout cas, ça fait plaisir de faire plaisir! Et bientôt, je vous emmène tous à Shodoshima, une petite île au nord de Takamatsu, dans la mer intérieur…on y va ce week end alors patience! 🙂

    07/10/2010 à 14:21

  6. Blackmore

    Mille fois merci !!!!

    C’est exactement ce que j’ai ressenti à chauqe fois que j’ai fait de grands voyages, mais puissance 10 au Japon…

    J’ai vraiment trop hâte d’y retourner pour goûter à nouveau à cette indescriptible sensation. Là tu nous donnes un avant goût (ou arrière goût? je sais pas…) : en tous cas merci !

    09/11/2010 à 16:06

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